Pagaïe, sors de la cuisine!

Gastronomie - Création - découverte Tant de choses à faire sans renier le passé, s'appuyer sur la tradition pour construire un nouveau plaisir de manger.

05 décembre 2008

Cuisine-Cup Bordeaux : en route pour Paris !

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Vous avez sans doute, en parcourant le net, entendu parler de Cuisine-Cup, première coupe d’Europe de cuisine amateur, pensée et organisée par l’Atelier des Chefs.

Pour la deuxième année consécutive, un thème est mis à l’honneur (cette année le saumon de Norvège) et les candidats doivent d’abord écrire une recette autour de ce thème et la poster sur le site de Cuisine-Cup en choisissent la ville où ils souhaitent concourir : Bordeaux, Bruxelles, Lille, Londres, Lyon, Nantes, Paris. Ensuite, ceux dont la recette est sélectionnée, c’est-à-dire 12 par ville, viennent le jour de l’épreuve pratique à l’atelier des chefs de leur ville, réaliser leur recette en 1 heure et la présenter à un jury généralement composé de 2 chefs cuisiniers locaux, un journaliste spécialisé et un bloggeur culinaire.

A l’issue de cette première sélection, les 1/8 eme de finale, il ne reste plus que 4 candidats. Ceux-ci, l’après-midi de l’épreuve, ont 1h20 pour réaliser une autre recette à partir d’un panier garni dont la composition leur a été communiquée au moment de leur première sélection (soit un peu moins d’une semaine avant). Même principe que le matin, on réalise sa recette avant de la présenter au jury qui délibère.

A l’issue de cette épreuve il ne reste donc qu’un candidat par ville, candidat qui « affrontera » ses co vainqueurs pour la demi finale, et éventuellement en suivant la finale, à Paris le 8 février, mais c’est une autre histoire dont nous reparlerons…

Les jalons étant posés… que viens-je faire dans cette aventure?

J’avais eu vent de ce concours l’an dernier grâce au blog de Mercotte. J’avais alors postulé en proposant une recette mais n’avais pas été retenu. Cette année, rebelote autour du saumon de Norvège. Ma recette est pensée, essayée, chronométrée, revue, corrigée et finalement postée…

Puis, jeudi matin dernier, coup de fil de l’atelier des chefs de Bordeaux, je n’y croyais plus : un candidat s’est désisté et on me propose sa place… « si je suis encore disponible »… je balbutie que « oui, bien sûr » mais j’ai 3 jours de retard sur les autres pour prendre connaissance du panier garni… « et oui » me répond t’on… Glups… Sa composition m’est envoyée par mail ainsi que les autorisations de droit à l’image (l’épreuve est filmée).  Pas de souci pour ma recette de saumon plusieurs fois essayée, mais l’autre ? Il ne reste que 2 jours et demi pour trouver quelque chose autour d’un carré d’agneau et d’un panier gigantesque en ayant pour obligation de faire au moins une garniture à base de pomme de terre (le 2eme sponsor)… Moi qui ne la cuisine jamais ou presque : je m’en lamente d’avance!

Alors c’est parti, surligneur en main, les ingrédients qui me plaisent sont sélectionnés, les « Thuriès Magazine » épluchés, post-it, marque-pages, quelques essais incomplets, des bribes de la recette, pas le temps… plus le temps… coup de bluff, on y a va à l’arrache… de toute façon je n’aurai à faire la recette que si je passe les 1/8 de finale le dimanche matin ! Et si je passais ? Sueurs froides…

Dimanche 30 novembre, 9 heures, Atelier des chefs de Bordeaux. L’accueil est cordial, café et viennoiseries, on nous remet un tablier à chacun et Jean-Sébastien Bompoil, chef des chefs des ateliers des chefs, nous explique le déroulement de la journée. Tirage au sort des ordres de passage, je suis 7eme sur 12, pile poil au milieu, ou presque. Les candidats se succèderont toutes les 10 minutes et on nous fait entrer en cuisine 10 minutes avant l’heure afin de vérifier le matériel et les ingrédient, puis préparer son poste de travail. Ensuite on ressort pour ré entrer à l’heure dite et on dispose alors d’une heure pour réaliser notre recette. 5 minutes supplémentaires nous sont octroyées si besoin et un des chefs nous aide à dresser les assiettes :  indulgence sans doute consentie aux non professionnels que nous sommes. En revanche chaque minute de dépassement de l’horaire se solde par le retrait d’un point sur la note : ça peut vite faire très mal !

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Alors j’embraye… Le filet de saumon est moins épais que je pensais, il faut adapter la découpe… Déroulement de la recette finalement sans encombre, comme à la maison. Dressage des assiettes : mon trait de réduction de balsamique est un peu gros et hésitant, pas comme je l’aurais voulu mais on ne peut pas le refaire, il faut envoyer !  On est pile à l’heure !

Jean-Sébastien prend deux des assiettes, moi les deux autres et on se présente devant le jury. Autour de la table : Anne Lataillade, du blog « Papilles et Pupilles », Valérie Dechaut-Geneste, journaliste à Sud-Ouest version Fémina, Nicolas Frion, chef cuisinier du « Chapon fin » et Nicolas Magie, chef cuisinier de « La Cape » tous deux étoilés… Glups (encore)! Je demande l’indulgence pour le service : « je n’ai pas fait l’école hôtelière » bafouillai-je… Nous non plus répond Nicolas Frion en riant, ça détend l’atmosphère. Je décris mon assiette de saumon aux saveurs anisées (recette à suivre dans le prochain billet, faut faire durer le plaisir) puis me retire sur la pointe des pieds.

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C’est bête, les jeux sont faits, on a rien à perdre, tout à gagner, mais c’est à ce moment là que le stress devient palpable pour les candidats. On échange nos impressions… le déroulé de nos recettes. Puis on découvre qu’à chaque fois une assiette revient sur la table de présentation, enfin parfois ce qu’il en reste. On tente de la rendre présentable, quelques photos… puis on hume, on goûte du bout du doigt une sauce ou une purée… On commente : il y a des choses pas mal du tout, très bien même.

Les derniers candidats sont maintenant sortis, le jury délibère. Sur la table toutes les réalisations sont là. J’aime bien procéder par élimination… Je compte les assiettes qui ont l’air moins bien que la mienne : 4… en supposant que j’ai raison il en reste donc encore 8 « en course », c’est encore 4 de trop, la tension est à son comble. Puis on nous demande de descendre les quelques marches pour nous regrouper au fond de la boutique. Les caméras entrent en action, les flash crépitent. Jean-Sébastien nous félicite pour le travail accompli, mais il faut bien venir aux résultats… Glups (encore, encore) !

« Jean-Marc » est le premier prénom sur sa liste. Le suspense aura été pour moi de courte durée. J’ouvre les yeux tout ronds puis gravis à la demande de J-S les quelques marches. Je présente à nouveau mon assiette à l’ensemble de l’assistance. Puis ce sera le tour de Bernard, Pascal (finaliste l’an dernier) et Elodie qui viennent me rejoindre. On nous remet des cadeaux : le livre « Cafés gourmands » et un « Très bon cadeau » à l’atelier des chefs. Quel soulagement mais je n’y crois pas… Je vais participer à l’épreuve de l’après-midi, le quart de finale.  Alors le souvenir de mon manque de préparation refait surface : glups (encore X 3) !

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Petit moment de détente autour d’un buffet superbement bon préparé par Frédéric et Jérôme, les deux chefs de l’atelier et c’est reparti…

Cette fois-ci je suis le deuxième à entrer en piste. Bon nombre des candidats du matin et leurs familles sont restés pour assister à l’épreuve et nous soutenir. Le jury se remet en place. Même chose, on a 10 minutes pour se préparer et on disposera maintenant de 1 heure 20 pour réaliser sa recette à partir du panier garni mis à notre disposition.

Et là ça se corse. Il y a une cuisson de viande à envoyer juste, chaude et à l’heure… pesée du carré d’agneau et petit calcul mental en regardant la pendule. Je me jette sur la réalisation de ma pâte brisée au cerfeuil. Impossible de mettre la main sur le couvercle du mixer… les secondes passent, les chefs retournent la cuisine. J’en profite pour gagner du temps et faire la pluche des patates. Le couvercle arrive, le mixer est trop grand, pas assez de cerfeuil, je fais ce que je peux. Au lieu d’obtenir un jus j’ai une multitude de fragments de cerfeuil nageant dans de l’eau… Tant pis, ça fait pas si mal dans la pâte, faut s’adapter.

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Les patates ne sont pas assez grosses, en tout cas pas autant que j’espérais. Je les découpe en pavés finalement plus petits que prévus, mises à cuire à la poêle, tout doux, tout doux, pas de brusquerie. Puis l’espuma de panais au lard fumé à préparer. Damned : le lard fumé est du lard frais ! Argh… mon plan tombe à l’eau. J-S me propose du sel de Maldon fumé pour compenser… mieux que rien…

Attention à l’heure, il faut cuire le carré d’agneau maintenant ! Je protège ses côtes au papier d’alu pour ne pas qu’elles colorent, je le saisis à la poêle avec 4 gousses d’ail puis l’enfourne. On lui trouve une petite place à côté des autres… Les chanterelles à finir de cuire, les tomates confites à découper, le temps passe vite. J’étale la pâte, la découpe, plus de four de libre ! On allume un four à gaz « un peu brutal » me prévient Jérôme…  L’agneau est mis à reposer sur une grille, l’espuma de panais au bain-marie… les tartes au cerfeuil cuisent. J-S m’annonce : « 10 minutes Jean-Marc tu veux quelles assiettes ? » - « Les noires !» Elles sont mises  à chauffer. La poêle me gêne, je l’attrape par sa queue brûlante : Aïe ! Pas l’habitude de mettre les poêle au four chez moi, je passe ma main sous l’eau froide, encore un peu de temps perdu.

« Il faut dresser maintenant » me dit J-S, on y va ! Je découpe l’agneau : la viande est superbement rosée. Je suis ses conseils, je pare les bouts du carré et les goûte : nickel, la cuisson est impeccable, il est chaud et bien assaisonné ! J-S me demande comment je compte monter mes assiettes afin de m’y aider. Il me dit de placer les côtes de manière à ce que la cuisson soit visible, ça tombe bien elles ne voulaient pas tenir sur la tranche comme je l’avais prévu initialement… On dispose les pommes de terre fondantes, les tartelettes sont cuites in extremis, les chanterelles couchées dessus, les tomates, le Parmesan. Puis l’espuma qui déborde un peu des patates… tant pis… le sel de Maldon fumé, le poivre, la gousse d’ail et on envoie…

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Même scénario de présentation que le matin et je retourne en cuisine pour recevoir un peu de Biafine sur ma main meurtrie. Frédéric m’intercepte : « superbe assiette » ! Ah bon répondais-je, mais pourtant l’espuma a bavé… « C’est pas grave, au contraire, c’est gourmand comme ça, magnifique ! »

Je sors de la cuisine un peu éberlué. Je retrouve Pascal qui décompresse dans un fauteuil. Il est content de sa réalisation. Puis les deux autres candidats sortent. On nous apprend que le jury a du mal à délibérer, la tension devient à nouveau palpable. Je surveille la Biafine sur ma main droite, il ne faut pas en mettre partout. Un des cameramen me demande de venir faire mon portrait. Micro-cravate et tout… j’essuie ma main et joue à l’acteur, pendant ce temps je pense au moins à autre chose.

Mais ce qui devait arriver arriva : l’annonce des résultats !

Le cérémonial se répète ; on redescend les marches… Jean-Sébastien déplie un papier « pour ne pas se tromper ». Il commence par le quatrième : Bernard est appelé. Puis le troisième, c’est au tour de Pascal. Je n’en reviens pas, vu le niveau de ses réalisations… tout est alors permis. Puis il met fin au suspense en disant qu’il ne sert à rien de continuer dans cet ordre, et annonce le premier : « Jean-Marc ». Le jury nous explique alors que les assiettes d’Elodie et la mienne étaient au coude à coude et que c’est la réalisation du matin qui a permis de nous départager.

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Je suis comme sur un nuage, on me remet encore des cadeaux : un magnum de champagne et un billet pour un séjour de 4 jours en Norvège offert par le sponsor saumon. Je suis aux anges, une flutte de champagne à la main, nouvelle interview pour M6… Le jury me félicite, les autres candidats aussi. J’apostrophe Nicolas Magie : « je viens dîner chez vous vendredi prochain, j’ai réservé depuis 1 mois et c’est à mon tour de noter ». Il ri et me met au défi… « pas de problème ».

Je pense que c’est la première fois de ma vie que je termine premier d’une épreuve, quelle qu’elle soit. Vous imaginez sans peine que je n’en reviens toujours pas. Je vous engage à lire le très bel article fait par Anne sur son blog, et sa vision de jury. Elle m’a autorisé à utiliser certaines de ses photos, il faut dire que j’ai eu un peu de mal à en faire moi-même… Merci !

A suivre les recettes de saumon et d’agneau… en attendant la demi-finale le 8 février 2009 à Paris…

Bon appétit ! (Bien sûr…)

Posté par J_M_ à 09:45 - Palabres - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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